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Des médecins formé·e·s à l’étranger sont autorisé·e·s à pratiquer pendant la crise de la COVID-19, mais que se passe-t-il ensuite?

La main-d’œuvre en santé du Canada a été frappée de plein fouet par la pandémie : plus de 3 600 travailleur·euse·s de la santé ont été testé·e·s positif·ve·s jusqu’à maintenant. Très tôt, l’on savait que la COVID-19 exercerait une forte pression sur le système de santé, ce qui a forcé les décideur·euse·s à envisager de nouvelles mesures pour accroître leurs effectifs médicaux. L’une de ces mesures a été l’introduction d’un certificat permettant aux médecins formé·e·s à l’étranger, mais ne possédant pas de permis d’exercer au Canada, de pouvoir pratiquer temporairement en Ontario sous certaines conditions strictes.

Cette nouvelle politique autorisant d’exercer de façon temporaire sur obtention du permis temporaire de pratique permet à l’Ontario de piger dans le bassin de diplômé·e·s internationaux·ales en médecine (DIM), qui, dans bien des cas, ne sont actuellement pas autorisé·e·s à travailler dans leur domaine. (Les DIM comprennent également les citoyen·ne·s canadien·ne·s qui ont étudié à l’étranger.) Une mesure semblable prise en Colombie-Britannique permet aux médecins formé·e·s à l’étranger de pratiquer pendant la pandémie.

Or, ces nouvelles mesures mettent en lumière les difficultés auxquelles font face depuis belle lurette les médecins formé·e·s à l’étranger lorsqu’il·elle·s tentent d’obtenir leur permis en règle pour exercer au Canada. En Ontario seulement, on compte 13 000 médecins formé·e·s à l’étranger qui sont actuellement incapables de travailler dans leur domaine, selon les statistiques de ProfessionsSantéOntario. Ces nouvelles mesures visent à utiliser le potentiel inexploité de ces DIM, mais elles soulèvent également la question : pourquoi le Canada n’avait-il pas déjà embauché cette main-d’œuvre?

Pour qu’un·e DIM obtienne sont plein droit de pratique en Ontario, il ou elle doit avoir obtenu son diplôme d’études en médecine dans l’une des universités reconnues dans le World Directory of Medical Schools, passer une série d’examens écrits et pratiques, puis faire sa résidence complète. Les diplômé·e·s canadien·ne·s aussi doivent passer par un processus semblable, mais il s’avère que les DIM se butent parfois à de plus nombreux obstacles sur leur chemin.

Je crois qu’il faut maintenant nous poser la question : Les places de résidence ne devraient-elles pas revenir aux personnes qui apporteront la plus grande contribution— Deidre Lake

L’un des principaux obstacles que rencontrent les DIM se dresse lors de la phase de résidence. Les provinces réservent un nombre limité de places de résidence pour les DIM – bien moindre que le nombre de demandes – ce qui crée un engorgement de postulant·e·s qualifié·e·s et rend difficile le passage à l’étape suivante dans le processus de qualification au permis de pratique.

« Je comprends que le système de santé investisse dans nos diplômé·e·s canadien·ne·s », indique Deidre Lake, directrice générale de l’Alberta International Medical Graduates Association (AIMGA). « Mais ces DIM arrivent au pays avec une formation et une expérience que nous n’avons même pas payée et en ce sens, c’est vraiment une économie… Malgré tout, nous leur réservons un nombre limité seulement de places ».

« Je crois qu’il faut maintenant nous poser la question : Les places de résidence ne devraient-elles pas revenir aux personnes qui apporteront la plus grande contribution et les DIM ne devraient-ils pas avoir une chance équitable de faire une demande de résidence, au même titre qu’un·e diplômé·e canadien·ne? »

Même après la pandémie, le Canada pourrait régler le problème de manque de médecins en exploitant cette réserve de diplômé·e·s internationaux·ales en médecine, qui n’attendent que de pouvoir aller sur le terrain. Le Canada figure actuellement au 25e rang parmi les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour le ratio de médecins dans la population, soit 2,8 médecins pour 1000 habitant·e·s. L’Autriche, qui arrive au premier rang, détient presque le double, soit 5,2 médecins pour 1 000 habitant·e·s.

Le Canada a également des temps d’attente plus longs pour les rendez-vous avec un spécialiste et à l’urgence comparativement aux autres pays industrialisés, et accuse une pénurie de médecins de famille dans certaines provinces, ce qui pourrait s’expliquer par le manque de médecins, selon un rapport de 2018 de l’Institut Fraser.

La tendance actuelle indique que nous verrons « une faible augmentation du ratio médecin-population » seulement, entre maintenant et 2030. Or, si l’on tient compte du taux actuel d’intégration des DIM dans le système de santé, « le ratio n’augmentera que de 2,74 par millier d’habitant·e·s en 2015 à 2,97 en 2030 », une faible augmentation, indique le rapport.

En plus des problèmes relatifs aux politiques, il semble exister des préjugés défavorables envers les DIM, ce qui pourrait aussi constituer un obstacle à celles et ceux qui souhaitent pratiquer au Canada. Une étude publiée dans le journal médical Le médecin de famille canadien révèle que même si les DIM immigrant·e·s avaient en général plus d’années de formation et d’expérience clinique, « une proportion relativement plus élevée de DIM canadien·ne·s » réussissaient à obtenir une place pour leur résidence.

Qui plus est, le nombre limité de DIM immigrant·e·s qui finissent par être acceptés dans les programmes de résidence sont plus susceptibles de vivre de la discrimination sur la base de leur origine que leurs pairs canadien·e·s. Une étude de 2011 sur les comportements discriminatoires subis par les résidents en médecine de famille en Alberta a révélé qu’« une proportion considérablement plus grande de DIM [immigrant·e·s] ont perçu que leur origine ethnique, leur culture ou leur langue » était la cause de la discrimination qu’ils et elles vivaient, la plupart du temps sous forme de « commentaires verbaux inappropriés ».

Tout semble donc indiquer que les DIM rencontrent des embûches en raison de leur origine ou du pays où elles et ils ont étudié. Or, il appert qu’une diversité d’expérience dans le système de santé aurait de nombreux effets positifs. De fait, des DIM ont su exploiter leurs compétences interculturelles et multilingues pendant la pandémie de COVID-19, y compris parmi celles et ceux qui n’ont pas obtenu leur permis temporaire. L’AIMGA a rassemblé des vidéos, de la documentation écrite et des séances d’information virtuelles sur la COVID-19, traduites dans plusieurs langues par un groupe diversifié de plus de 1000 membres provenant de plus de 80 pays.

L’Association a aussi aidé les services de santé de l’Alberta en rassemblant 500 travailleur·euse·s d’une usine d’emballage de viande aux prises avec une éclosion de COVID-19 pour leur transmettre plus d’information concernant le virus. Du personnel, 60 % étaient des travailleur·euse·s des Philippines; ces personnes ont reçu l’information grâce à 4 membres philippin·e·s de l’AIMGA, qui ont pu leur expliquer dans leur langue maternelle les risques et les symptômes associés à la COVID-19.

« Les bénévoles se sont porté·e·s volontaires pour cette tâche, parce que la médecine et le désir d’aider les autres sont leur passion, explique Deidre Lake, particulièrement en temps de crise sanitaire. C’est difficile à ignorer ». « C’est vraiment préjudiciable pour les personnes, la communauté et la société lorsque l’on a des gens hautement qualifiés qui ne peuvent mettre à profit leurs compétences et leurs connaissances », déplore-t-elle.

Maintenant, est-il juste de demander aux DIM de se mettre en danger pendant une pandémie sans leur permettre de pratiquer à long terme? En Ontario, 76 médecins ont contracté la COVID-19 jusqu’à maintenant et le système de santé de la province continue de composer avec des centaines de nouveaux cas par jour; la pression sur les médecins de l’Ontario devrait donc s’accentuer encore.

Entre-temps, un nombre important de DIM – dont certain·e·s sont spécialisé·e·s ou ont une expérience de terrain pertinente en contexte pandémique, par exemple en ventilation ou en maladies infectieuses – languissent, sans emploi ou sous-employé·e·s.

« Nous avons des membres qui travaillent comme chauffeur·euse·s pour Uber, qui travaillent comme préposé·e·s aux bénéficiaires ou comme agent·e·s de sécurité… Ce n’est certainement pas ce que ces gens avaient en tête lorsqu’elles et ils ont choisi d’immigrer au Canada », s’attriste Mme Lake. « Ça brise vraiment le cœur de voir notre pays laisser de côté toutes ces compétences et cette expérience ».

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