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La main-d’œuvre étrangère particulièrement vulnérable pendant la pandémie

Le 1er avril, le Migrant Rights Network, un groupe d’organismes pancanadien qui défend les droits de la main-d’œuvre étrangère, a écrit une lettre aux fonctionnaires les exhortant à mettre en place des lignes directrices visant à protéger la santé et la sécurité des travailleu·r·se·s étranger·ère·s vulnérables. La lettre précise : « Le refus d’imposer ces changements entraînera de terribles conséquences pour la santé publique et constituera un affront catastrophique à l’égard des droits de la personne. »

Selon un rapport récent de la Migrant Workers Alliance for Change (MWAC), le Migrant Rights Network a envoyé plusieurs autres lettres aux autorités provinciales et fédérale dans lesquelles il énonçait les préoccupations des travailleu·r·se·s vulnérables. Ces lettres demeurent sans réponse. Depuis, trois ouvriers travaillant sur ferme en Ontario, Bonifacio Eugenio Romero, Rogelio Muñoz Santos et Juan López Chaparro, ont succombé à la COVID-19.

Les travailleu·r·se·s étranger·ère·s temporaires dénoncent depuis plusieurs années les mauvais traitements qui leurs sont infligés de même que les maigres revenus qu’on leur verse. Cependant, les organismes de défense ont compris à l’annonce des fermetures attribuables à la COVID-19 que les conditions se détérioreraient. Jusqu’à présent, au moins 17 flambées ont été rapportées sur des fermes partout au pays et  un minimum de 600 travailleu·r·se·s ont obtenu un résultat positif.

Même si on tient peut-être pas compte des travailleu·r·se·s étranger·ère·s comme faisant partie de la main-d’oeuvre canadienne, ceux-ci représentent en fait  environ 40 % du personnel agricole en Ontario et près du tiers de l’effectif agricole au Québec, en Colombie-Britannique et en Nouvelle-Écosse d’après des données de 2017. Les travailleu·r·se·s migrant·e·s constituent un élément important de l’économie canadienne et leur apport s’est avéré essentiel à l’approvisionnement alimentaire de lors de la pandémie.

Or, malgré cette réalité, ces personnes ne jouissent toujours d’une protection adéquate. Entre la mi-mars et la mi-mai, la MWAC a reçu plus de mille plaintes déposées au nom de travailleu·r·se·s  provenant de partout au pays. Ces plaintes déploraient notamment des pertes de revenus, des mauvaises conditions de logement et des actes d’intimidation perpétrés par des employeu·r·se·s.

Le rapport de la MWAC fait état des pratiques d’exploitation d’employeu·r·se·s et du contrôle anémique du gouvernement dont les travailleu·r·se·s migrant·e·s sont victimes. En vertu des nouveaux règlements, les travailleu·r·se·s devaient se mettre en quarantaine dès leur arrivée Canada dans un logement que l’employeur·se leur fournissait, en plus de toucher une rémunération équivalant à 30 heures de travail par semaine.

Toutefois, plusieurs travailleu·r·se·s dénonçaient le surpeuplement des logements, le manque d’accès à des installations d’assainissement et la quantité de nourriture insuffisante offerte par l’insuffisante pour subvenir aux besoins de tous les employé·e·s. Des centaines de travailleu·r·se·s ont aussi signalé ne pas avoir reçu une rémunération conforme aux lignes directrices du gouvernement pendant la période de quarantaine obligatoire. Ensuite, lorsque le travail a repris, les conditions de surpeuplement sur lieux de travail jumelées à un accès difficile aux services de soins de santé ont accru le risque des travailleu·r·se·s de contracter la COVID-19.

Ces personnes se trouvaient dans une situation précaire étant donné que d’une part, elles craignaient de tomber malades et que d’autre part, elles redoutaient les représailles de leur employeur·se. Le rapport de la MWAC énonce : « Les travailleu·r·se·s migrant·e·s des fermes possèdent des permis de travail qui les contraignent à la leur employeur·se. En d’autres termes, les travailleu·r·se·s qui s’indignent ou qui signalent tout acte répréhensible peuvent aisément faire l’objet d’un congédiement, d’une déportation en plus de se voir interdire de revenir ultérieurement travailler au Canada. » « Concrètement, les travailleu·r·se·s ne disposent d’aucun recours pour protester contre les conditions de travail et de logement. »

D’ailleurs, l’exemple le plus connu de ces inégalités est celui de l’usine de transformation de la viande de Cargill à High River en Alberta. Étant donné qu’elle recensait plus de 1 500 cas, dont 900 d’entre eux étaient des travailleu·r·se·s, cette usine est devenue le site de l’une des plus grandes flambées de COVID-19 en Amérique du Nord.

La plupart des travailleu·r·se·s à cette usine sont des immigrants ou des travailleu·r·se·s étranger·ère·s temporaires et leur statut, à l’instar de leurs pairs oeuvrant dans les champs, les vignobles et les serres au Canada, est tributaire de leur emploi.

Cette précarité conjuguée aux pressions économiques accroît la vulnérabilité des travailleu·r·se·s aux pratiques d’exploitation de leur employeu·r·se. Une enquête menée par la CBC a révélé que les ouvri·er·ère·s de l’usine de Cargill ont été contraints de travailler dans des espaces restreints et parfois même des conditions dangereuses et que certains d’entre eux ont subi des pressions pour reprendre leur poste après avoir contracté la COVID-19.

En effet, deux semaines et un jour après le décès d’un membre du personnel ayant travaillé à l’usine de Cargill depuis 23 ans, Hiep Bui, l’usine a rouvert ses portes et a repris ses activités, faisant fi des préoccupations des travailleu·r·se·s et des représentants syndicaux qui craignaient une autre flambée et qui demandaient à ce que les conditions de travail soient adaptées en conséquence.

Au moment où la nouvelle de la flambée à Cargill se répandait, les travailleu·r·se·s philippin·e·s, qui représentent environ 70 % de l’effectif de l’usine, ont signalé avoir été ciblés en ligne par des résidents qui les accusaient d’avoir transmis le virus en Alberta. Certaines de ces personnes ont rapporté avoir été chassées de banques et d’épiceries parce qu’elles travaillent à l’usine.

Les gens s’inquiètent davantage des répercussions des problèmes d’approvisionnement alimentaire découlant de flambées dans les usines d’emballage de viande et les fermes sur les consommateurs canadiens que des conséquences sur les travailleu·r·se·s qui veillent à l’approvisionnement des épiceries. Qui plus est, on traite les nouve·aux·lle·s immigrant·e·s à faible revenu et les travailleu·r·se·s migrant·e·s comme des biens jetables, bien qu’ils occupent des « emplois essentiels » au Canada et on ne leur accorde pas le même accès aux services.

Sans l’application de mesures de protection strictes, ces travailleu·r·se·s demeureront à la merci des employeu·r·se·s qui les contraindront à travailler dans des conditions dangereuses.     Le rapport de la MWAC cite un travailleur étranger de la Jamaïque : « On nous traite comme des machines. Nous voulons seulement qu’ils nous considèrent comme des êtres humains. »

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