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La pandémie de COVID-19 : un reflet de ce que serait un revenu minimum garanti au Canada

Lorsque la pandémie du nouveau coronavirus a éclaté au Canada et que le confinement a été imposé, entraînant la fermeture d’entreprises et laissant de nombreux·euses travailleur·euse·s horaires sans emploi, ce qui les a obligés à avoir recours à l’assurance-emploi, des millions de Canadien·ne·s se sont alors demandé comment ils allaient joindre les deux bouts.

Vers la fin de mars, le gouvernement Trudeau a annoncé la mise en place de la prestation canadienne d’urgence (PCU), qui permettait à une multitude de Canadien·ne·s de toucher une allocation de 2 000 $ par mois. « Aucun Canadien ne devrait avoir à choisir entre protéger sa santé, se nourrir, payer ses médicaments ou prendre soin d’un membre de sa famille », lisait-on dans le communiqué de presse publié par le ministère des Finances le 25 mars dernier.

Cette mesure, très bien accueillie par plusieurs, offrait un soutien financier essentiel en cette période difficile. Or, d’autres se sont demandé ce qui se passerait une fois que la pandémie serait terminée… Bien avant que ne sévisse la COVID-19, d’innombrables Canadien·ne·s étaient forcé·e·s de choisir entre des biens essentiels, comme la nourriture ou les médicaments, par manque de ressources financières. Lorsque la pandémie sera derrière nous, le nombre de personnes aux prises avec ces difficultés sera probablement plus élevé encore. Pour répondre à ces besoins à long terme, il faudra adopter une approche beaucoup plus globale.

Le concept de revenu minimum garanti (RMG) – une politique selon laquelle le gouvernement offre une sécurité financière de base à tous et toutes les citoyen·ne·s en vertu d’une allocation récurrente – existe depuis longtemps, et les programmes de RMG mis à l’essai ailleurs dans le monde ont eu des retombées extrêmement positives. Une étude réalisée par l’organisme Standford University Basic income Lab conclut que dans les pays à revenu faible et moyen, les politiques de RMG ont entraîné une réduction de la pauvreté et, dans tous les pays à l’étude, une amélioration de la santé et du bien-être.

À deux reprises dans le passé le Canada a flirté avec l’idée d’instaurer un RMG : d’abord lors d’une étude réalisée au Manitoba dans les années 1970, puis une seconde fois, en Ontario, entre 2017 et 2018. Malheureusement, les deux projets ont avorté avant même qu’une analyse à grande échelle adéquate soit effectuée.

Or, un examen de l’étude manitobaine de 2011 révèle un certain nombre de retombées positives pour plus de 2 000 ménages qui ont reçu du soutien, notamment un déclin du nombre d’hospitalisations, une diminution du nombre de visites chez le médecin ainsi qu’une amélioration de la santé mentale. En Ontario, les résultats – bien que limités en raison de l’annulation prématurée de l’étude – étaient aussi positifs : les répondant·e·s affirmaient avoir amélioré leur alimentation, diminué leur consommation de tabac et d’alcool et se disaient moins anxieux·euses.

L’un des principaux arguments contre le RMG comme politique globale est que cette mesure inciterait les gens à ne pas travailler, car ils pourraient tout simplement rester à la maison en touchant l’allocation. Or, les résultats des études canadiennes ne vont pas en ce sens : aussi bien au Manitoba qu’en Ontario, les répondant·e·s ont continué de travailler même s’ils recevaient l’allocation.

Sans surprise, un tel programme coûterait cher, mais l’étude ontarienne indique que les économies réalisées en soins de santé compenseraient à tout le moins partiellement les coûts du programme lui-même. Dans l’ensemble, les économistes qui ont modélisé les retombées d’un RMG indiquent que le bénéfice économique net serait positif. Par ailleurs, une étude effectuée aux États-Unis par le Roosevelt Institute indique qu’un RMG mensuel de 1 000 $ octroyé à chaque Américain·e ferait croître l’économie d’environ 12 à 13 pour cent.

UBI Works, un organisme canadien regroupant des acteurs du monde économique, des chercheurs et des économistes, a réalisé une analyse de rentabilité indiquant les raisons pour lesquelles un plan de revenu garanti devrait être instauré au Canada. Dans le site Web de l’organisme, on y lit que « le RMG est une nécessité économique qui met les marchés au service de l’humanité; il constitue la charpente de notre environnement capitaliste, en accroissant la résilience et la solidité de l’économie et en permettant à chacun de contribuer à son plein potentiel ». Bien que l’on entende beaucoup parler des coûts associés au RMG, les avantages sur le plan économique ne sont pas à négliger.

Un RMG réglerait directement les questions matérielles des citoyen·ne·s, en leur offrant les ressources financières leur permettant de répondre à leurs besoins. Il contribuerait ainsi à réduire les inégalités persistantes en santé, en éducation et en sécurité financière qui touchent les PANDC de façon disproportionnée. Un revenu garanti constitue aussi un moyen de combler l’écart évident de richesse entre les personnes blanches et les PANDC : des données de 2016 indiquent que les ménages de personnes blanches aux États-Unis cumulaient en moyenne une richesse dix fois plus élevée que celle des ménages de personnes noires, et environ huit fois plus élevée que les ménages d’origine latine. Un revenu minimum garanti ne comblerait pas nécessairement ces écarts de richesse, mais représenterait un excellent point de départ.

L’ampleur et la vitesse avec lesquelles la PCU a été instaurée dans les semaines suivant le début de la pandémie montrent bien que, moyennant des incitatifs adéquats, le gouvernement pourrait mettre en place un programme de revenu minimum garanti pour l’ensemble du pays. À l’instar de la PCU qui a permis à la population canadienne de maintenir la tête hors de l’eau (et même, dans certains cas, de gagner plus que le salaire de l’emploi occupé avant de le perdre), les mêmes avantages seraient observés si un RMG était mis en place de façon permanente.

Plus important encore, le RMG transforme la relation entre les personnes et leur travail, et permet d’envisager un mode de vie qui n’est pas uniquement axé sur un travail exténuant, l’exploitation par les employeurs ou toute autre forme de discrimination. À la lumière des nombreuses pertes d’emploi découlant de l’automatisation dans les dernières années, du fossé toujours plus grand entre les riches et les pauvres et des impacts économiques de la pandémie de COVID-19, il serait peut-être temps de songer aux différentes retombées positives qu’aurait l’instauration d’un filet de sécurité financière de base dans la vie des Canadien·ne·s.

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