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L’ancienne gouverneure générale Adrienne Clarkson se penche sur la COVID-19, la désinformation et la discrimination

Au cours des six derniers mois, de nombreux·ses·Canadien·ne·s ont lutté contre les effets de l’isolement et des fermetures généralisées. Nos citoyen·ne·s les plus marginalisé·e·s – y compris les personnes autochtones, noires et de couleur, les nouveaux·elles immigrant·e·s et les Canadien·ne·s à faible revenu – ont été particulièrement touché·e·s.

Nous nous sommes entretenus avec la 26e gouverneure générale du Canada et cofondatrice de l’ICC, la très honorable Adrienne Clarkson, pour discuter des contrecoups de la pandémie de COVID-19 sur les Canadien·ne·s, ainsi que de la montée de la discrimination et de la désinformation à la suite de la pandémie.

En tant qu’ancienne réfugiée, Mme Clarkson nous partage son point de vue sur les raisons pour lesquelles le Canada doit réaffirmer son engagement envers l’immigration et les besoins des réfugié·e·s, même pendant la pandémie.

Sejla Rizvic : Depuis le début de la pandémie, de nombreux problèmes sociaux de longue date ont été mis en évidence. Quel est votre point de vue sur les discriminations qui sont apparues depuis la pandémie, en particulier à l’encontre des Canadiens et des Canadiennes d’origine asiatique et des récentes manifestations de Black Lives Matter?
Adrienne Clarkson : Je pense que, ce que les manifestations de Black Lives Matter nous disent, c’est que nous ne pouvons pas continuer à dire : « Ok, essayons de rendre les choses agréables, petit à petit. » Nous devons vraiment nous mettre à la tâche et reconnaître qu’il y a un racisme systémique – non pas que chaque policier ou chaque personne en autorité soit raciste, mais que le système, qu’ils représentent, est basé sur un modèle raciste : que les blancs sont meilleurs que n’importe qui d’autre. C’est du racisme systémique, le système colonial dans lequel nous vivons tous, et cela doit cesser maintenant.

J’étais jeune à l’époque des mouvements des droits civils dans les années 1960. Soixante ans se sont écoulés depuis, et ça ne s’est pas passé comme prévu. Nous devons prendre des mesures vraiment drastiques. Et c’est là que mon point de vue a peut-être changé, car je pense maintenant que nous devons prendre des mesures directes pour attirer un quota de personnes noires au sein des conseils d’administration des organisations et dans la gestion structurelle. Nous ne pouvons plus attendre. L’inégalité est trop grande et la souffrance humaine est trop importante.

En ce qui concerne le sentiment anti-asiatique, je pense qu’il est très regrettable que les gens pensent que les Chinois sont à blâmer pour la COVID-19. Bien sûr, c’est le résultat de l’ignorance totale, du sectarisme et de la haine — qu’on voit surtout au sud de la frontière, chez la plus haute fonction du pays. Et c’est dégoûtant, répréhensible et totalement injustifié. J’ai lu les histoires de personnes d’origine chinoise à Vancouver, où il y a une communauté très importante et très visible, qui sont canadiennes et qui sont victimes de discrimination. Les Canadiens d’origine asiatique se font attaquer et dénigrer. C’est absolument épouvantable.

En tant qu’ancienne journaliste de la CBC, que pensez-vous de la tendance alarmante à la désinformation que nous avons constatée relativement à la COVID-19? Cela est-il comparable à tout ce que vous avez vu pendant votre carrière de journaliste?
Non, et je dirais que c’est à cause des médias sociaux. Maintenant, tout le monde peut se connecter et dire ce qu’il veut. Et quand on voit le président du pays voisin répandre lui-même la désinformation — dire des choses absurdes et effrayantes, voire mentir en disant que la COVID-19 va tout simplement disparaître — alors il n’est pas difficile de comprendre pourquoi la désinformation se répand si vite. La désinformation vient de se multiplier : elle se propage sur les médias sociaux et les gens finissent par écouter des choses qui n’ont aucun fondement dans les faits.

Une autre question dont nous avons parlé dans notre série est l’incidence de la pandémie sur les réfugiés et les nouveaux immigrants au Canada. Je sais que vous êtes vous-même une réfugiée, et en fait, moi aussi – ma famille est venue ici de Bosnie en 1995. Le rétablissement mondial des réfugiés a été interrompu pendant la COVID-19, mais la crise des réfugiés persiste. Selon vous, dans quelle mesure les gouvernements sont-ils responsables de ne pas oublier les réfugiés pendant cette période?
Je pense que c’est le moment de penser vraiment aux réfugiés et d’accueillir plus de gens. Je suis très, très catégorique à ce sujet. J’ai lu récemment que l’immigration allait diminuer d’au moins 30 % cette année en raison de la COVID-19. C’est terrifiant parce que nous avons besoin d’immigrants, nous avons besoin de réfugiés.

Nous savons, à la lumière des statistiques qu’après 2030, notre population ne connaîtra pas de croissance si ce n’est par l’immigration. Nous n’avons pas assez d’enfants pour faire les choses dont nous avons besoin pour maintenir nos pensions, pour conserver notre système de santé universel, et nous avons donc besoin d’immigrants. Nous avons besoin de gens qui sont venus ici, comme vous il y a 25 ans, avec vos parents. N’est-ce pas?

Je suis peut-être intéressée, parce que j’étais une réfugiée et que j’ai été accueillie. Ce n’est pas sans difficulté – rien n’a été pavé d’or pour nous d’aucune manière, sous quelque forme que ce soit. Mais le Canada est un pays où, si vous vouliez vivre votre vie, élever vos enfants, et que vous aviez tout perdu ailleurs, vous pouvez le faire. Et si nous ne pouvons pas le faire parce qu’il y a une pandémie, c’est un vrai problème. Je pense que nous devrons nous rattraper le plus vite possible dès que cette crise sera terminée.

Il est évident que c’est une période très étrange et difficile pour arriver dans le pays. Quel genre de message devez-vous faire passer aux nouveaux immigrants?
Eh bien, si vous venez tout juste d’arriver, sachez que ce n’est pas comme ça que nous sommes habituellement [rires]. Nous vous accueillerions avec le sourire – on ne voit pas un sourire à travers un masque – nous essaierons de vous aider.

Certaines personnes qui arrivent sont parrainées par un groupe social, un groupe religieux, un groupe de synagogues ou autre, et ma propre église paroissiale a toujours adopté des familles. Il faut environ six ou sept familles pour s’occuper d’une famille qui arrive parce qu’elle a beaucoup de besoins : trouver un appartement, inscrire les enfants à l’école, à la garderie, etc. Nous pouvons aussi faire de petites choses, comme leur donner des patins pour aller à la patinoire. Ce sont ces petites attentions personnelles qui nous caractérisent si bien ici au Canada.

Le monde est un endroit terrifiant et les gens se font jeter hors de chez eux sans raison, mais le Canada donne aux gens une autre chance. Je dis toujours que l’immigration, même si elle n’est pas très importante, est une occasion de transformation; vous ne serez pas la même personne que vous étiez même si vous étiez resté dans votre propre pays. Le Canada est un lieu de secondes chances et je pense que c’est ce que nous tous qui avons été réfugiés ou immigrants ressentons à propos du Canada, même si nous ne le disons pas avec autant de mots, que c’est un lieu qui nous a donné la capacité de devenir autre chose, et même plus que ce que nous aurions pu être si nous étions restés dans le pays où nous sommes nés.

Je suis intéressée par l’avenir maintenant et je me demande à quoi le monde pourrait ressembler dans 20 ans si nous avions géré cette crise de la bonne façon. Quelles leçons devrions-nous tirer maintenant pour que cela soit possible dans 20 ans?J’aimerais bien avoir une boule de cristal. J’ai toujours eu tort dans tout ce que je prédisais [rires]. Ce que je veux faire, c’est continuer à défendre les réfugiés et en accueillir le plus grand nombre possible, en accueillant les immigrants et les réfugiés dans tout le pays, et pas seulement dans les grands centres.

Nous devons accueillir les gens qui arrivent aujourd’hui, comme nous l’avons fait ou comme nos grands-parents l’ont fait – en commençant par rien d’autre que leurs espoirs – dans un pays qui possède une grande structure parlementaire, la liberté d’expression, la liberté de religion, la liberté de se déplacer partout, des lois contre la haine. Nous avons besoin de gens du monde entier parce que nous pouvons les transformer en Canadiens.

Cette entrevue a été modifiée pour des raisons de clarté et de longueur.

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