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Les conséquences négatives de la mise en œuvre des mesures de distanciation physique chez les communautés marginalisées du Canada

La COVID-19 a entraîné l’imposition d’amendes pour les infractions aux mesures de distanciation physique de distanciation partout au pays. En mai 2020, les amendes sanctionnant les manquements liés au coronavirus totalisent plus de 5,8 millions de dollars. Certaines amendes, comme celles infligées en Saskatchewan, atteignent jusqu’à 2 000 $, tandis que d’autres provinces, en l’occurrence Terre-Neuve-et-Labrodor, certaines transgressions peuvent être assorties d’une peine d’emprisonnement.

Pour ces motifs, les personnes défendant la cause des communautés marginalisées ont tiré la sonnette d’alarme dès le début en insistant que l’application des mesures de distanciation physique pourrait nuire aux groupes marginalisés, y compris les groupes économiquement faibles, les sans-abri qui ne sont pas en mesure de payer les amendes, les nouveaux·elles Canadien·ne·s aux prises avec des barrières linguistiques ainsi que les membres des communautés noires qui sont disproportionnellement touchés par la brutalité policière.

À Ottawa, un réfugié syrien de 21 ans aux connaissances linguistiques limitées en anglais a écopé d’une amende de 880 $ pour avoir laissé un membre cadet de sa fratrie grimper sur une installation dans un terrain de jeux tout en respectant les règles de distanciation physique. À Hamilton, un sans-abri s’est vu frappé d’une amende du même montant parce qu’il était assis près d’un groupe de personnes à l’extérieur d’un centre de santé.

D’ailleurs, les preuves laissent supposer une inéquitabilité quant à l’imposition des amendes. À la fin du mois de mai, des milliers de personnes, dont la plupart semblait être de race blanche, se sont réunies au Trinity Bellwoods Park à Toronto. Bien que ces milliers de personnes se rendant au parc se trouvaient très les unes des autres, le service de police de Toronto n’a remis que quatre amendes au cours de la journée.

Les disparités au regard de la répartition des amendes liées à la distanciation physique sont plus grandes aux États-Unis où les données fondées sur la race au chapitre des services de police sont criantes. À New York, les gens de race noire environ 80 % des amendes ont été remises à des New Yorkais de race noire ou latinophones. Selon une étude de ProPublica menée dans trois cours de districts en Ohio, les résidents de race noire étaient « au moins quatre fois plus susceptibles d’être accusés d’avoir enfreint la consigne de rester à son domicile que les résidents de race blanche. »

Au Canada, le problème des pratiques d’intervention policière excessive et discriminatoires à l’endroit de la population canadienne de race noire existe depuis fort longtemps. L’exemple récent du recours aux politiques visant à « carter » injustement les personnes noires par les services de police à Toronto illustre ce problème.

Les politiques visant à « carter », qui ont depuis été abolies, conféraient aux policiers le droit d’arrêter et d’interroger tout citoyen de même que de recueillir leurs renseignements personnels. Les Torontois·e·s de race noire ont subi de mauvais traitements en raison de ces politiques. Une analyse de 2014 présentée par le Toronto Star a révélé que malgré le fait que les personnes de race noire ne représentent que 8 % de la population de la ville, environ 27 % de tous les incidents où un individu a été carté à Toronto après juillet 2013 visait des gens de race noire.

D’ailleurs, exiger les preuves d’identité d’une personne ne constitue qu’un des nombreux moyens dont les corps policiers se servent pour cibler les Canadien·ne·s de race noire. Un rapport de 2018 de la Commission ontarienne des droits de la personne a établi qu’« Entre 2013 et 2017, les personnes noires étaient près de 20 fois plus susceptibles que les personnes blanches d’être abattues lors d’une fusillade par des agents du service de police de Toronto. » Le rapport montre également « une surreprésentation des personnes noires dans les cas de recours à la force ayant causé des blessures graves ou la mort (28,8 %), des fusillades (36 %), des cas d’interaction mortelle (61,5 %) et des cas de fusillade mortelle (70 %). »

L’application des mesures de distanciation physique imposée par le gouvernement de l’Ontario permet aux membres des forces policières d’arrêter toute personne qui, d’après leur jugement, enfreint les mesures d’urgence liées à la COVID-19, ce que l’Association canadienne des libertés civiles compare aux pratiques visant à carter. « Il s’agit, dans le meilleur des mondes, de mesures imprudentes et dangereuses. Au bas mot, ces mesures peuvent être perçues comme la réapparition des politiques visant à carter la population afin d’enrichir une base de données avec les renseignements personnels des habitant·e·s de cette ville, en particulier les personnes issues des minorités visibles, les Autochtones, les sans-abri, les personnes atteintes de troubles mentaux ou marginalisées » a écrit la directrice du programme de l’égalité de l’organisme, Noa Mendelsohn Aviv.

Quoique les communautés noires font l’objet de zèle de la part des corps policiers, leurs membres manquent cruellement de ressources et gagnent un faible revenu, alors que plusieurs d’entre eux occupent des emplois peu rémunérés (fournissant en grande partie des services dits maintenant « essentiels ».). Étant donné qu’ils sortir de chez peux, ils augmentent leurs chances de croiser les services policiers.

Toute interaction avec les corps policiers peut s’avérer risquée, mais la pandémie accroît ce risque, car elle met les individus en contact étroit avec des agent·e·s ayant possiblement contracté la maladie. Les services de police de Toronto et de partout au Canada ont recensé des agent·e·s ayant été déclarés positifs à la COVID-19. À New York, on a répertorié 1 400 cas parmi le personnel du NYPD.

Non seulement de telles mesures sont dangereuses et racistes, les criminologues doutent de l’efficacité des amendes concernant l’application des mesures de distanciation physique, affirmant que celles-ci sont trop fondées sur la délation plutôt que la modification des habitudes des gens. En tout état de cause, les experts conviennent que des tests à grande échelle et la recherche des contacts constituent la meilleure solution pour freiner la propagation de la COVID-19, et non le ciblage inéquitable des groupes marginalisés.

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