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Les réfugiés et les nouveaux arrivants au Canada ont peine à se réinstaller à cause des restrictions imposées en raison de la pandémie

Le 17 mars, l’Organisation internationale pour les migrations et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés a annoncé qu’en raison de la pandémie de la COVID-19, tous les déplacements liés à la réinstallation des réfugiés seraient suspendus, notamment pour les réfugiés parrainés par le gouvernement et ceux parrainés par le secteur privé du Canada.

La suspension de la réinstallation, ainsi que les directives de rester chez soi et les fermetures des frontières ont d’importantes conséquences pour les réfugiés qui, par définition, ont été contraints de quitter leur pays d’origine pour trouver la sécurité. Pour de nombreux réfugiés qui vivent depuis des années dans des camps ou dans des centres urbains, la réinstallation est un outil indispensable qui permet aux familles et aux personnes de retrouver une certaine stabilité dans leur nouveau pays. Le Canada, un chef de file mondial dans le domaine de la réinstallation, avait l’intention d’accueillir plus de 30 000 réfugiés en 2020. Toutefois, depuis le début de l’année, ce sont moins de 10 000 réfugiés qui ont été réinstallés dans le monde.

Bien que certains médias de droite laissent entendre que les réfugiés constituent un fardeau économique trop important, les recherches indiquent que les pays ont tendance à bénéficier de retombées économiques une fois que les réfugiés sont réinstallés. Par ailleurs, le Canada pourrait ne pas respecter ses obligations internationales si le pays refoule les demandeurs d’asile qui arrivent à la frontière en quête de sécurité.

Les premières politiques mises en œuvre pour endiguer la pandémie interdisaient l’entrée à tous les demandeurs d’asile qui tentaient de venir au Canada, mais une politique plus récente prévoit certaines exceptions : certains demandeurs d’asile peuvent entrer au Canada à partir des États-Unis en passant par les postes frontaliers officiels et à condition d’être mis en quarantaine pendant 14 jours dans les chambres d’hôtel réservées par l’Agence des services frontaliers du Canada. Cette exemption s’applique seulement dans certains cas, par exemple lorsque les demandeurs ont de la famille proche au Canada ou s’ils font face à la peine de mort dans leur pays d’origine.

Avant le début de la pandémie, les demandeurs d’asile pouvaient également entrer au Canada en empruntant des passages non autorisés, comme celui du chemin Roxham entre le Québec et l’état de New York et présenter une demande d’asile une fois au Canada. Maintenant, les réfugiés qui empruntent ces passages non autorisés sont refoulés aux États-Unis où ils risquent d’être renvoyés dans leur pays d’origine.

Le Conseil canadien pour les réfugiés a jugé cette nouvelle interdiction à la fois « dommageable et inutile ». Pour sa part, Amnesty International a déclaré que cette mesure allait à l’encontre des droits des réfugiés demandant l’asile et a rappelé les obligations du Canada en vertu de la Convention des Nations Unies de 1951 relative au statut des réfugiés. Certains défenseurs des droits ont même soutenu que le gouvernement canadien pouvait s’exposer à des poursuites juridiques pour ne pas avoir respecté le principe de « non-refoulement », selon lequel les réfugiés ne peuvent pas être renvoyés dans un pays où ils feront face à la persécution ou à la torture.

Le révérend Scott Jones, directeur général de la Micah House, un centre d’accueil pour réfugiés à Hamilton en Ontario, affirme avoir remarqué une réduction notable du nombre de demandes reçues par son organisme, ce nombre passant de quelque 60 à 70 demandes pendant un mois normal à moins de 10 demandes depuis que la pandémie a commencé. La Micah House accueille des réfugiés et des demandeurs d’asile pour de courts séjours et les aide à se réinstaller, en plus d’avoir accès aux autres services.

Même les services pour les réfugiés et les demandeurs d’asile qui sont déjà au Canada ont été restreints. Le gouvernement canadien a demandé aux fournisseurs de services de réinstallation de « se concentrer sur les services d’établissement et de réinstallation essentiels » seulement. Par ailleurs, les rendez-vous en personne auprès de la Commission de l’Immigration et du statut de réfugié du Canada, commission d’examen qui évalue les demandes de résidence permanente de certains réfugiés, ont été temporairement suspendus.

Pour l’instant, les clients de la Micah House sont dans l’impasse, alors que de nombreux services de réinstallation, comme le début de la scolarité et l’accès au logement, ne sont pas disponibles. Jusqu’ici du moins, ils ont réussi à rester en bonne santé. Alors que la COVID-19 a atteint plus de 600 personnes à Hamilton, la Micah House a réussi à éviter tout cas positif dans son établissement. Les réfugiés d’autres centres n’ont pas eu cette chance.

Le Centre Willowdale Bienvenue de Toronto est l’établissement qui a connu la plus importante éclosion de COVID-19 dans le système de refuges de la ville, qui compte 72 autres établissements. Selon le rapport du Toronto Star, plus d’une douzaine de membres du personnel et 185 clients de Willowdale ont été testés positifs à la COVID-19. Jusqu’à présent, aucun décès lié au coronavirus n’a été signalé.

En plus des effets de la COVID-19 sur la santé, les réfugiés du Canada doivent composer avec les effets psychologiques de l’isolement. Dans un nouveau pays, parfois sans même parler le français ou l’anglais, loin de leurs réseaux de soutien et souvent après avoir vécu un traumatisme important, les réfugiés sont déjà dans une situation vulnérable. Ajoutez à cela les mesures de confinement et l’isolement dans un milieu qu’ils ne connaissent pas bien, les effets peuvent être plus graves encore.

« Je sais qu’au moins plusieurs de nos clients souffrent assez considérablement de cette situation. Ils sont déjà confrontés aux barrières linguistiques et culturelles et ils ne peuvent pas communiquer avec leur famille » mentionne M. Jones. « Pour eux, c’est un problème de plus ».

Le Canada a non seulement la responsabilité juridique et morale d’aider ces groupes de personnes, mais il devrait également en tirer le bénéfice. Contrairement à certains discours de droite qui considèrent les réfugiés comme un fardeau économique, les recherches démontrent que les nouveaux arrivants représentent en fait un avantage net positif sur le plan économique.

Une étude récente qui a suivi des nouveaux arrivants dans 15 pays d’Europe occidentale pendant 30 ans a révélé que l’intensification de l’immigration « augmentait de façon significative le PIB par habitant, réduisait le chômage et améliorait l’équilibre des finances publiques » et que « les dépenses publiques supplémentaires, généralement considérées comme le « fardeau des réfugiés » étaient largement compensées par l’augmentation des recettes fiscales ».

Jones explique que « les nouveaux arrivants au Canada sont plus susceptibles de travailler dans les services essentiels, en particulier pendant les premières années qui suivent leur arrivée au pays, ce qui les expose davantage aux risques liés à la COVID-19. « Ils travaillent dans les abattoirs, dans les champs, dans les serres, ils sont chauffeurs de taxi ou occupent d’autres postes similaires. Il s’agit d’un groupe de personnes encore plus susceptibles d’être marginalisées », précise-t-il.

À mesure que la pandémie progresse, le Canada a l’occasion de consacrer davantage de ressources à ce groupe défavorisé et de respecter ses obligations internationales. D’ici là, la situation des réfugiés à l’échelle mondiale demeure incertaine : l’ONU a déclaré qu’elle lèvera les restrictions de déplacements liés à la réinstallation, « dès que la situation et les moyens logistiques le permettront ». Pour l’heure, aucun plan n’a encore été annoncé.

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